Roman SHUSTROV
ARTISTE SCULPTEUR
SCULPTURE PAPIER MACHE


Né à Saint-Pétersbourg en 1959. Etudes à l'Académie des Beaux-arts de Saint-Pétersbourg. L’artiste a participé à la création du Musée de la Poupée de Saint-Pétersbourg, Musée du jouet artisanal et également à la création de la Galerie des Marionnettes de Saint-Pétersbourg. De 1992 à 1994-Professeur à l’Ecole Supérieure de la Mode et Art Plastique à Saint-Pétersbourg. De 1994 à 1996–Professeur à l’Université des Sciences Humaines de Saint-Pétersbourg. Membre de l’Association des Artistes de Russie depuis 1998. Membre de l’Association internationale des artistes marionnettistes depuis 2006.

La technique de Roman Shustrov est reconnue au niveau international comme unique en son genre.
Roman Shustrov expose en Russie, Italie, France, Pays-Bas, Norvège, Allemagne, Autriche, USA.

Roman SHUSTROV artiste sculpteur

Interview d'Anna IURKO de
Roman SHUSTROV et ses poupées

oeuvre d'art de Roman SHUSTROV

Anna Iurko : Vos personnages sont tellement vivants, on dirait qu’ils sont sortis tout droit des dessins animés. Cela vous êtes déjà arrivé de les imaginer héros des films d’animation ?

Roman Shustrov : A vrai dire, non, puisque je ne voudrais pas déterminer les destins de mes sculptures, comme cela peut se produire dans un film. Chaque spectateur doit inventer son propre scénario et sa propre vie à chacun des mes personnages. C’est cela, la vrai magie de l’art proprement dit « plastique » : le suspens règne, on ne sais pas de quoi les secondes suivantes de la vie de mes sculptures seront faites… A chacun de continuer à écrire leur propre histoire.


Sculpture contemporaine de Roman SHUSTROV

Anna Iurko : Vous savez, en vous rencontrant, j’ai été frappée par la ressemblance que vous avez avec vos personnages. Est –ce vous ?

Roman Shustrov : Pas tout à fait ! Il m’arrive d’être en colère et m’irriter, quand je suis confronté à l’injustice ou bêtise humaine. Mais bon, je me détends vite, dans mon atelier !

Sculpture papier maché Roman SHUSTROV


Anna Iurko : Vous offrez souvent à vos sculptures un conjoint, ou simplement un objet, en créant de cette façon une sorte de microunivers, les protégeant ainsi de la solitude et du désœuvrement. Vous vous souciez de leur existence  ?

Roman Shustrov : Un jour, un maître de ballet Nicolaï Reytov, personnalité puissante et charismatique, rentre dans mon atelier. J’étais en train de travailler sur une sculpture représentant un marionnettiste de rues tenant au-dessus de sa tête une petite poupée. Ses mains tenaient déjà des baguettes prêtes à l'accueillir pendant qu'elle prenait forme sur ma table de travail. Nikolaï, s’exclama : « Non, non, regarde cette énergie époustouflante qui se dégage déjà du marionnettiste, laisse lui juste des baguettes vides ! La poupée n’est pas utile»… Je me suis laissé aller dans son sens. La sculpture a été vendue dans une galerie quelques semaines après. Un marionnettiste, avec ses baguettes vides dressées vers le ciel… Cela peut paraître curieux, mais je me sens encore malheureux pour cette sculpture, toujours en attente de sa petite fée, son ange gardien, un petit reflet de son âme, un dialogue à jamais interrompu…

Roman SHUSTROV artiste sculpteur contemporain

Anna Iurko : Quand vous créez vos sculptures, est ce que vous dialoguez avec elles ? Je voudrais bien comprendre, d’où vient ce sentiment comme si elles étaient toutes animées…

Roman Shustrov : Vous savez, quand j’ai été enfant, je parlais même aux vieilles armoires et commodes. En revenant à mes sculptures, pour tout vous dire, quand j’en fais tomber une, je lui demande pardon…

Anna Iurko : Peut on rencontrer vos poupées dans des théâtres de marionnettes de Saint-Pétersbourg ?

Roman Shustrov : Je ne suis pas vraiment amateur de théâtre de marionnette. Une vraie marionnette doit être articulée et parler par la voix de son marionnettiste. Moi, je désire que mon personnage ait sa propre voix.

Sculpture piece unique SHUSTROV

Anna Iurko : Quelle douce et sincère naïveté… qui nous manque à tous aujourd’hui. Toutefois, quand vous créez vos sculptures, vous le faites pour vous ou pour les autres ?

Roman Shustrov : Pour me sentir heureux, il me suffit du processus de la création. En donnant vie à mes sculptures, je pense toujours à ce un sur mille à qui ma sculpture parlera et qui l’entendra.

Anna Iurko : Vivez-vous dans le monde réel ou celui de vos sculptures  ?

Roman Shustrov : Dans le monde des hommes et des femmes qui me sert de source inépuisable de sujets nouveaux. En même temps, ces sujets peuvent naître de l’observation des ombres sur les murs, des fissures sur l’asphalte, des éclats de glace sur une rivière…

Anna Iurko : Quel est votre rêve en tant que sculpteur ?

Roman Shustrov : J’aimerais bien voir installer dans ma ville natale mon propre "Ange". J'imagine déjà cette sculpture, pas bien grande, poétique, imprégnée par des mystères de la vieille Saint-Pétersbourg.

Anna Iurko : Une question plus intime. Avez-vous une sculpture préférée ?

Roman Shustrov : C’est si difficile à dire. Je travaille sur chaque sculpture pendant deux ou trois semaines. Pendant tout ce temps là, nous nous créons mutuellement, avec chacun de mes personnages. Comment choisir son préféré ?...

oeuvre d'art de roman SHUSTROV

Les hommes et les marionnettes
Article paru dans « Capitale de Pomorsk » le 6/07/2009,
Auteur : Elena Oleneva, photographes : Boris Kovrignikh, Alekseï Soukhanovski

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Quel est le rôle d’une sculpture - marionnette dans la vie de l’homme ? Dans quel but l’on crée et pourquoi personne n’arrive à lui donner une définition exacte ? Des réponses à ces questions nous pourrons peut-être trouver dans des réflexions des artistes dont la vie d’une façon directe est liée aux marionnettes.

Roman Shustrov, artiste – marionnettiste, plus de vingt ans de carrière (Saint-Pétersbourg) :

Le principal c’est d’avoir du talent

Il existe une opinion stéréotype que le métier d’un artiste –marionnettiste est uniquement féminin.

Sans doute parce que l’on associe inconsciemment une marionnette à un poupon – baigneur ou une poupée ornée de la fine dentelle et autre guipure dont la réalisation a été traditionnellement réservée aux femmes.

Ils existent aussi des personnes affirmant que des marionnettes créées par des femmes sont absolument différentes de celles créées par des hommes. Franchement, je ne comprends pas et ne vois aucune différence. Certes, je me rappelle d’une créatrice qui a déclaré sur un site Internet de ne pas aimer mes sculptures et qu’en général elle n’apprécie guère la « création marionnettique masculine ».

Quant à moi, devant des œuvres de grands marionnettistes, qu’ils soient hommes ou femmes, je ne vois aucune différence.

L’homme et la Marionnette

L’histoire de la création marionnettique remonte loin. Pourquoi certains créateurs, au lieu de choisir une voie traditionnelle d’expression artistique, choisissent le métier d’artiste-marionnettiste ? Difficile à trouver une réponse. Peut -être qu’une marionnette touche des cordes sensibles de l’âme et donne la possibilité de retourner dans le monde d’enfance et même se sauver de la solitude. Difficile de s’imaginer une personne, dans sa solitude, parler avec un tableau ou un vase en céramique. Or, il est facile de s’imaginer une personne parlant à une sculpture - marionnette.

 

Offre ton amour

Parfois, mes sculptures naissent dans les souffrances, parfois, d’un seul souffle. Parfois, assis dans un café, je m’empreigne de son atmosphère, me détends, griffonne sur la serviette en papier et soudain… Une idée ! L’image s’impose toute seule. Elle vient d’un monsieur d’en face à la plastique peu ordinaire, d’une tache de forme bizarre sur la nappe… Puis, cette image se réalise en marionnette.
Je préfère travailler le bois et le papier-mâché. Processus technique étant très compliqué, pour la création d’une sculpture il me faut en moyenne trois semaines de travail.
J’avoue : je ne considère pas toutes mes oeuvres absolument réussies, mais, toutes et chacune, je les aime profondément.

La Force de l’Art

De temps en temps, je décore avec mes marionnettes des nouveaux cafés. L’un d’eux a été conçu par ses propriétaires comme réplique d’un tramway soviétique. J’ai réalisé mes fresques sur les murs et surtout j’ai crée deux grandes sculptures : une conductrice affichant un air très sévère et un ivrogne avec son vieux cabas, assoupi sur le banc du tramway.

Un an après l’ouverture du café, le barman me raconte qu’un couple de fideles clients s’est indigné un jour, en demandant pourquoi dans un endroit si branché on laisse rentrer un SDF constamment ivre et en plus, on lui permet de dormir sur le banc ?!

La voilà, la force magique de l’Art !

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Accord parfait entre le sujet et la technique

Article paru dans la revue « Artiste Marionnettiste » (pour des professionnels et amateurs de marionnettes), printemps 2006. Rubrique « Académie de marionnette », thème : « Dans l’atelier de l’artiste », pages 42 – 43 – 44 – 45.

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« Roman Shustrov est l’un des plus célèbres maitres marionnettistes de Saint-Pétersbourg. Son univers, particulièrement raffiné et spirituel, est inspiré par cette ville extraordinaire et porte en lui l’empreinte de son âme ».

« Impossible de donner un nom exacte aux sculptures en papier-mâché de Roman : sont-ils des symboles, des psaumes, des allégories, mais peut-être que donner un nom n’est guère utile parce que tout ce que l’on arrive à expliquer de façon logique cesse d’être œuvre d’art, dont la vraie nature consiste dans l’insaisissable et mystérieux. »

« Les sculptures de Roman n’ont pu voir le jour qu’à Saint-Pétersbourg, ville la plus mystique où est difficile de séparer la réalité de l’imagination, l’imagination de l’art qui, lui, règne partout ».

« Les sculptures de Roman Shustrov sont quasi monochromes, comme si le temps en a absorbé toutes les couleurs, en laissant apparaître la plastique et la nudité de l’essentiel. Et l’on ne cesse d’admirer l’accord parfait entre le sujet et la matière : le personnage sorti tout droit de la vanité du quotidien porte sur lui une empreinte d’éternité. C’est de cette façon qu’un véritable maître uni à jamais son idée initiale du sujet et sa matérialisation jusqu’à l’indissociable et l’on continue à s’interroger qui a été le premier : le sujet ou la matière ».
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Les premières sculptures-marionnettes de Roman Shustrov ont vu le jour en 1988. A cette époque, personne à Leningrad (ancien nom soviétique de Saint-Pétersbourg) prenait au sérieux cette espèce de « métier » : des sculptures - marionnettes ont été considérées ni plus ni moins comme une fantaisie de l’artiste.
Premières créations de Shustrov, des rigolos petits personnages, ont été réalisées en tissus. Aujourd’hui, Shustrov est connu surtout par ses sculptures en papier mâché. Voici comment il explique son passage vers cette « nouvelle technologie » : « J’ai une méthode créatrice spécifique : j’aime les formes laconique et minimalistes. Je me considère comme sculpteur et non comme un « couturier ». C’est pour cette raison que j’ai évolué du tissus au papier-mâché ».

Nombreux sont ceux qui considèrent cette matière comme archaïque, surtout à l’époque de l’abondance de toutes sortes de matières plastiques ultra-contemporaines. Par tradition, on évoque également sa fragilité.
Mais le maître a une toute autre vision des choses : il voit en papier-mâché un reflet chaleureux et insaisissable de l’esprit des temps anciens. Bien sûr, travailler cette matière n’est pas du tout évident. Sur le chemin de la perfection, chaque détail exige un procédé méticuleux, pas à pas. L’œuvre terminée existant déjà dans son imagination, comme un idéal auquel il aspire, l’artiste s’arme de patience. La technique du papier-mâché est réservée à ceux qui savent maitriser son temps.
Une sculpture en papier-mâché se crée à la base d’une œuvre-mère en pate à modeler que Roman Shustrov appelle en toute simplicité « le moulage ». Sa conception représente la partie la plus créatrice de la future sculpture et sa première étape. Ensuite, c’est le tour de la technique : couche par couche, il faut sculpter la masse du papier mâché, soigneusement, méticuleusement. Ensuite, c’est la deuxième étape : apport de couleurs, fabrication des accessoires, peauffinement extrême de détails.
Pour le moulage en pâte à modeler, l’artiste n’utilise pratiquement pas d’outils spécifiques. Toutes sortes de mirettes, ébauchoirs et autres roulettes sont remplacées par un vieux couteau de cuisine. Tout le reste est fait par ses mains talentueuses ! Aussi, il est rare que l’artiste fasse des esquisses : d’après ses dires, « depuis longtemps ils vivent tous dans ma tête ». Quelques esquisses sont réalisées toutefois pour des personnages les plus récents. Bien évidemment, des transformations par rapport à l’idée première s’imposent pendant la création du personnage. « Lors sa venue dans ce monde, la sculpture se transforme elle-même », - avoue Roman.
A la demande de notre revue, Roman Shustrov donne quelques conseils aux sculpteurs – marionnettistes : « Avant tout, travaillez en vous une perspicacité du regard et apprenez à ressentir les gens. Parce que qu’est –ce qu’une sculpture - marionnette si ce n’est pas un reflet d’une âme humaine ? Donc, pour trouver dans des personnes que vous croisez quotidiennement cette petite graine qui fera grandir en vous l’idée d’une création future, il faut savoir regarder. Cela se passe au niveau de sentiments les plus intimes, sensations éphémères, intuition… Sans quitter les murs de son atelier il est impossible de développer cette qualité.
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Un enseignement artistique professionnel n’est pas le facteur le plus important.Evidemment, pour maitriser des secrets de diverses techniques il vaut mieux suivre des cours dans des écoles d’arts appropriées ou auprès d’un maître prêt à vous dévoiler ses secrets professionnels. Mais tout ce que touche la création – faites confiance à votre imagination ! »

Citations de l’article « L’ange de Petersbourg » de Tatiana Evseïeva, paru dans le livre « Les plus belles et les plus célèbres marionnettes du Monde »

 

 

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