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Vargas

MARIO VARGAS

Né le 1er décembre 1928 à Sucre en Bolivie, Mario Vargas passe son enfance auprès de sa mère quʼil perdra à lʼâge de 14 ans. Elle est encore présente dans la quasi totalité de ses peintures. Cʼest la "mère-terre" de la mythologie indienne aux lignes enveloppantes et protectrices.

Il suit lʼenseignement des Beaux-Arts de Sucre. Après quelques voyages et expositions à La Paz, Saô Paulo, Rio, Cuzco ou Lima... il part étudier la restauration de tableaux anciens à Madrid. Il voyage en Europe et se fixe finalement en France, où il attendra quelques années avant dʼexposer. Depuis, Mario Vargas a exposé au Brésil, à Monaco, en Allemagne, en Floride, à Genève..

Transparence et luminosité qui traduisent la compréhension intuitive des Indiens dʼAmérique : la symbiose avec la Nature, la perception de chaque instant, la paix intérieure. Ses compositions sont des témoignages de cette vie simple, réservée et spirituelle.

"La Bolivie, le Pérou, vestiges des Incas.
Les êtres sʼincarnent, sʼintègrent aux montagnes.
Femmes toutes imprégnées de sagesse, plénitude, de nature divine.
Les enfants sʼébattent sous la protection maternelle, toute de sérenité, souvent devant des stèles de pierre, sorte de piliers de sagesse.
Le bleu divin, les sanguines lumineuses éclairent les personnages de Vargas, descendant des Incas à lʼâme brûlante dʼamour."
Suzanne de Coninck, Chevalier des Arts et des Lettres

"Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Tu seras un homme, mon fils.
Rudyard Kipling

Lors de son premier voyage à La Paz, ce poème fut le cadeau donné à Mario Vargas par le menuisier confectionneur des cadres de ses tableaux ; l’homme était un artisan comme savaient l’être ceux qui, compagnons avant tout, ont gardé de leur apprentissage le désir de transmettre, non seulement leur art, mais aussi leurs idées sur l’homme et le sens de la vie.
L’enfance de Mario Eloy Vargas-Cardenas fut marquée par en père avocat, métis espagnol et une mère indienne de la vallée.
Déjà mariée, elle avait eu quatre enfants dont un fils aîné qui représenta pour Mario l’image paternelle. Son père, en effet, voyageait beaucoup et la guerre de Chaco brisa la famille.
Pour Mario le « petit », les souvenirs de cette enfance sont pleins de gaîté ; la maison était grande comme le sont les maisons bourgeoises dans cette Amérique du Sud post-colonialiste ; les patios retentissaient du rire des enfants et les locataires de certaines chambres faisaient partie intégrante de la famille.
La mère est le personnage central de ses souvenirs d’enfance. Celle qui apprend à lire les émotions, celle qui fait découvrir la nature, celle qui donne l’ouverture au monde et le merveilleux caché derrière le fragile paravent des perceptions.
Cette femme au visage idéalisé, aux traits que chacun peut imaginer à son gré, nous la retrouvons dans toutes les peintures de Mario Vargas.
Sa présence est permanente comme est permanent l’échange qu’elle a toujours avec l’enfant : trésor de la vie.
L’enfance, ce sont aussi les vacances à cheval dans la vallée. La vallée, c’est le peuple Quechua, descendant des Incas. Peuple gai, communicatif, familier ; la langue est chaleureuse et douce comme la respiration. Peuple qui transmet les histoires du passé.
Pris entre l’indianité maternelle et les origines espagnoles paternelles, il va chercher à comprendre pourquoi l’Indien qui attendait « Les Dieux blancs venant de la mer », n’a reçu des envahisseurs que l’asservissement, le mensonge et la violence.
Il dit « je ne comprenais pas et ma mère me disait : « Regarde l’autre, écoute-le, entend ce qu’il dit, ce qu’il veut peut être dire, tu comprendras qui il est ».
Le petit Mario préférait dessiner à écrire. Cela était plus facile pour lui et plus proche de la vérité. Parler était déjà dénaturer quelque chose, écrire était figer quelque chose.
Pour comprendre le monde, il fallait voyager comme dans l’antiquité partaient les adolescents Grecs et Romains pour conquérir leur age adulte.
Mario Vargas a entamé très tôt ce voyage ; c’était le sens de l’éducation maternelle. « Pour moi, dit-il souvent, rester indépendant est capital ; rester libre en dehors de toute mode, de toute école ; c’est ce qui fait la valeur de mon travail, la valeur de l’homme que je suis ».

Chaque voyage est une nouvelle découverte du merveilleux, chaque départ est une nouvelle naissance. Pérou, Brésil… Europe. Que peut donner la civilisation ?
Il dit «A Madrid, pendant 3 ans, j’ai découvert un autre monde, j’ai découvert que la civilisation était une forme d’exploitation et que ma part indienne allait me permettre d’exister malgré cette civilisation que je ne pouvait renverser et qui pourtant me fascinait ».
De Madrid, il part à pied à Paris, ville de toutes les lumières mais qu’en est il des rêves ?... « Paris est basse, vielle et noire », « j’étais déçu ».
Mais une femme rentre dans sa vie, mère de quatre enfants comme sa propre mère.
« En 1970 (année de la naissance de son fils), un voyage au Népal m’a donné l’impression de retrouver mon pays. L’Occident dans sa pensée rationnelle veut canaliser la nature, l’organiser. L’Inca, lui, accepte d’être une partie d’un tout, une part de la nature, c’est sa spiritualité.
Au Népal, j’ai découvert que mon chemin était hasardeux, que c’était une utopie pour moi de vouloir changer le cours du ruisseau et qu’un retour en Bolivie ne pourrait rien changer aux événements de la politique ; je n’étais pas un militant, je resterai toujours un artiste qui se débrouille comme il peut, mais avec son unité ».
Voici venu le temps de la sagesse, Mario Vargas n’a plus qu’un seul thème, répété à l’infini et toujours différent : traduire l’harmonie et la paix qui est en lui. « Si tu veux comprendre, éloigne-toi, assois-toi, observe, médite et sache recevoir la lumière du soleil ». Cette maxime conviendrait à chacun de ses tableaux. Elle traduit toutes ses joies, toutes ses déceptions, mais aussi son attente, sa quête permanente d’une présence paternelle.
Elle s’incarnait dans le frère aîné et le maître. Elle prend vie en lui, père devant son fils Martin, maître devant les élèves de son atelier de Bougival.
La créativité est une perception directe du monde qui se crée à chaque instant, la percevoir c’est garder la faculté de s’émerveiller. « Si l’artiste perd cela il devient comme une bougie éteinte ».
Cette lumière, cette chaleur, c’est la vie qui continue à chaque tableau du peintre. C’est aussi la mort qui est acceptée comme partie intégrante de la vie. C’est aussi transmettre sa joie d’exister lié à autrui."
Yves-Marie GRANJON

« Vargas
Le rayonnement et la luminescence de cette œuvre dépassent largement le phénomène de la représentation figurative pour flirter avec les forces vives de la création. Il y a beaucoup de simplicité et de complexité dans cette œuvre. C’est toujours comme ça avec Mario Vargas, peintre d’origine bolivienne, qui demeure profondément attaché à la culture Incas, au soleil qui préside la vie, à la tendresse et à l’amour qui unissent les hommes. Voilà pourquoi cette peinture sur bois, d’une grande subtilité chromatique, réveille les émotions et éveille les esprits. »
Thierry Sznytka – Arts Actualités Magazine – n°123

 

 

 

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